Jacob Zuma, sa polygamie ni cachée ni tabou !
Par Freddy Mulongo, mercredi 6 janvier 2010 à 21:12 :: radio :: #653 :: rss
Jacob Zuma et trois de ses femmes, Nompumelelo MaNtuli-Zuma, Thobeka Mabhija et Sizakele Khumalo. Photo Archives
Répondant il y a quelques années aux critiques concernant sa pratique de la polygamie, Zuma aurait déclaré qu'à la différence de beaucoup d'hommes politiques qui cachaient leurs maîtresses et leurs enfants, lui aimait ses femmes et était fier de ses enfants!
Jacob Zuma, qui a été élu l'an dernier à la présidence de l'Afrique du Sud après l'éviction de Thabo Mbeki désavoué par le parti au pouvoir, le Congrès national africain, en est en fait à sa cinquième épouse, mais a divorcé de l'une d'elles qui n'est autre que la ministre sud-africaine de l'Intérieur, Nkosazana Dlamini-Zuma, et l'autre s'est suicidée en 2000.
Il a 18 enfants avec toutes ses épouses, dont trois avec la femme qu'il a épousée lundi 4 janvier 2010.
Les deux autres épouses actuelles de Jacob Zuma étaient évidemment présentes à la cérémonie, la première, Sizakele Khumalo, qu'il avait épousée en 1973, et Nompumelelo MaNtuli-Zuma, devenue sa femme en 2007.
Le même jour, l'Afrique du Sud célébrait son premier mariage gay légal, signe d'un grand écart sociétal.
En Afrique du Sud, deux systèmes légaux se superposent: le droit commun ne permet qu'un mariage et interdit la polygamie. Mais le droit coutumier permet de prendre plusieurs épouses.
Et Jacob Zuma a préfèré le droit coutumier zulu.
Et l’ANC son parti a publié un communiqué disant: "Nous ne voyons rien de sinistre dans le fait que le camarade Zuma veuille se marier dans la lignée des habitudes africaines et des coutumes traditionnelles."
Au royaume du Swaziland, pays voisin de l'Afrique du Sud, Mswati III, le roi du Swaziland n’a plus assez de doigts pour porter ses alliances.
Avec déjà une femme pour chaque jour de la semaine et une fiancée, pas facile pour lui.
Et chaque année une ou plusieurs nouvelles épouses parmi des milliers de jeunes vierges défilent devant lui les seins nus.
Mswati III a trouvé la solution: un quinquennat de chasteté imposée à toutes les vierges du royaume pour lutter contre la pandémie du sida : c’est le pompon !
C’est bien le cas de le dire puisque début novembre dernier, l’homme fort de Mbabane a remis au goût du jour l’" umcwasho ", le pompon de la virginité.
Un signe distinctif que toutes les femmes qui n’ont pas encore goûté aux plaisirs de la chair doivent désormais arborer ostensiblement sur un bandeau prévu à cet effet.
En dépoussiérant ainsi cette ancienne coutume, Mswati III pense avoir trouvé une solution efficace pour endiguer les affres d’un virus qui décime son peuple.
Polygamie et bureaugamie comme lieu de la domination masculine
Il y a quelques années, l'opinion publique africaine croyait que la crise économique et l'expansion du VIH condamnaient la polygamie à disparaître petit à petit de nos pays.
Une enquête faite au Sénégal met en lumière une tendance contraire : le pourcentage de femmes engagées dans les foyers polygames est en nette progression.
Ce phénomène remarqué au Sénégal concerne la polygamie officielle, légale et juridiquement ratifiée : celle que beaucoup de pays à dominante islamique reconnaissent comme une valeur sociale partagée par la conscience collective et vécue positivement comme socle des relations entre l'homme et la femme.
Si on ajoute à cette forme officielle l'autre réalité, celle que les Congolais appellent "bureaugamie" et qui consiste pour un homme à entretenir plusieurs compagnes considérées comme "ses épouses" par tout son entourage et différentes, par leur statut "d'épouses" dans l'imaginaire populaire, des relations envers lesquelles l'homme n'aurait pas d'engagements profonds à long terme, on peut dire que le destin de la femme africaine est aujourd'hui profondément déterminée et marquée par le fait polygamique.
A un moment ou à un autre de sa vie, à moins qu'elle ne veuille être libre de tout engagement, la femme africaine se trouvera obligée de vivre la polygamie ou la bureaugamie, avec une marge de manœuvre toujours plus étroite de choix, si les tendances sociales actuelles se confirment dans l'avenir.
Alors que les hommes ont tendance à penser la polygamie comme une question sociale qui demande à être analysée sereinement pour y trouver des réponses appropriées dont on laisse à la culture, à la religion ou aux institutions existantes le soin de donner des réponses qui doivent être nécessairement conformes au statu quo social, les femmes que nous avons pu aborder pour une discussion de fond sur cette question ont une autre approche.
Pour elles, la polygamie n'est pas une question à laquelle il faut trouver une réponse destinée à satisfaire l'homme dans ses ambitions mâles.
C'est une réponse inquiétante, douloureuse et problématique à une question plus fondamentale qui concerne le statut global de la femme dans la société :
- les représentations et les images qu'une communauté a de la place des femmes dans son sein et dans son fonctionnement ;
- les valeurs et les qualités d'être qu'on attribue respectivement au genre masculin et au genre féminin dans la vie de tous les jours ;
- les rôles et les fonctions qu'exercent les représentants de chacun de deux sexes dans les Institutions fondamentales d'une société ;
- les chances et les espérances d'accomplissement de soi que le groupe social laisse au sexe complaisamment appelé faible.
Si l'on se place de ce point de vue, on ne peut pas s'empêcher de se rendre compte d'un fait : les représentations, les images, les valeurs, les rôles, les fonctions, les chances et les espérances qui déterminent la place de la femme constituent un système cohérent de rationalité qui fait problème pour la femme.
Un système qui produit des comportements spécifiques de l'homme dans sa relation avec l'autre sexe et dans sa vision de l'être féminin.
Le sociologue français, Pierre Bourdieu, a donné un nom à cette rationalité d'ensemble et à ses structures de comportement : la domination masculine en tant que force diffuse de l'inconscient collectif et énergie toujours en action dans la conscience sociale comme puissance structurante des relations humaines.
Dans la société africaine, cette domination semble être de l'ordre de l'évidence, de ce qui va de soi et ne se prête à aucune contestation, à aucune remise en question. Elle est inscrite dans l'être même de l'homme et de la femme.
Elle s'impose par les logiques que la société a mises en place.
Elle nourrit les manières d'être et d'agir du premier comme du deuxième sexe.
La polygamie n'est qu'un des lieux de la manifestation et de l'incarnation de ce système de rationalité globale qu'il convient de combattre sur tous les fronts.
Dans la mesure où elle s'inscrit dans cette logique de la domination, elle n'est qu'une mauvaise réponse à la question de l'organisation sociale et des relations entre les deux genres de l'espèce humaine.
Quand on est un homme et qu'on tire profit de sa dynamique dominatrice, on peut parler d'elle de manière irénique, dans l'acceptation préalable du rôle de mâle dominateur qu'on y occupe forcément.
Quand on est une femme et qu'on se rend sensible aux réalités sociales telles qu'elles sont, on peut s'en accommoder d'une manière ou d'une autre, on peut en intérioriser les valeurs pour ne pas trop en souffrir, on peut en minimiser les conséquences et les effets pervers, mais on ne peut pas ne pas sentir que cette réponse à la question des relations entre les deux sexes est inacceptable en son principe même, à la fois comme fondement du respect et de la dignité de la femme comme socle pour la construction d'une société où l'homme et la femme vivent à hauteur de l'humain.
Pour les femmes africaines, il est clair que le vrai champ de combat contre le fait polygamique est l'engagement contre toutes les formes de manifestation et d'incarnation de la domination masculine : les représentations et les images, les valeurs et les qualités d'être, les fonctions et les rôles sociaux, les chances et les espérances d'épanouissement vital, les rationalités et les comportements collectifs.
Dans tous ces domaines, il s'agit de ne plus accepter les logiques du statu quo, mais d'inventer une nouvelle réalité sociale où les femmes posent elles-mêmes les fondements des relations sociales qui les épanouiraient comme partenaires dotés d'une liberté responsable dans les relations avec les hommes.
Marie-Thérèse Yongui Massok, dirigeante de la Fondation pour le Progrès de la Femme Africaine, à Douala au Cameroun, a défini la première stratégie: ne pas se laisser distraire par les querelles stériles et les discussions byzantines que les hommes provoquent pour justifier la domination masculine, mais développer une politique globale de formation et d'éducation des femmes pour qu'elles affirment fermement leur présence dans tous les domaines décisifs pour le développement du continent africain.
Une politique rationnellement et harmonieusement conduite pour atteindre toutes les femmes dans tous les lieux où elles sont et à tous les échelons de la vie auxquels elles se trouvent.
Pour la femme, la formation est la clé de la libération, le secret de l'affirmation de soi.
Dans son livre, la Postérité de Eve, consacré aux manipulations de la Bible dans les herméneutiques masculines au cours de l'histoire, le docteur Ruth Pakou a tracé les grandes lignes de la deuxième stratégie de libération pour les femmes africaines : la mobilisation des forces vives féminines dans un front commun d'action contre la domination masculine, à partir d'une analyse concrète des problèmes des sociétés avec un regard des femmes.
Une telle mobilisation a besoin de nouveaux leaders féminins qui incarnent les valeurs essentielles de la construction de l'avenir par les femmes d'Afrique.
La troisième stratégie, c'est Pierre Bourdieu qui la définit le mieux : investir les lieux sociaux de reproduction de la domination masculine et y semer d'autres logiques. La famille, l'école, l'Eglise et l'Etat sont ces citadelles à prendre pour qu'y retentisse une autre parole, une autre force d'action. Il s'agit de prendre ces citadelles non pas seulement comme des lieux de production d'un autre discours sur la place de la femme dans la société, mais pour convertir l'homme et son système logique à des échanges profonds sur la nouvelle société africaine à bâtir. Ce sont des lieux de dialogue, de création et de germination d'une nouvelle société.


Commentaires
1. Le jeudi 7 janvier 2010 à 00:18, par Graphèle Paluku-Atoka Uwekomu
2. Le jeudi 7 janvier 2010 à 00:28, par Jean-Paul Vanhoove
3. Le jeudi 7 janvier 2010 à 08:34, par Jean Makambo
4. Le jeudi 7 janvier 2010 à 10:57, par Daudet Bwanda Vinda
5. Le jeudi 7 janvier 2010 à 12:50, par NANGA
6. Le jeudi 7 janvier 2010 à 16:21, par Anzaka Momeke
7. Le jeudi 7 janvier 2010 à 22:34, par Tshitenge wa Mbayabu
8. Le vendredi 8 janvier 2010 à 15:11, par Adolphe ina Ngala
9. Le samedi 9 janvier 2010 à 18:27, par queenlady
10. Le samedi 9 janvier 2010 à 19:43, par Madame Bazaiba Masudi Eve
11. Le dimanche 10 janvier 2010 à 15:15, par Philippe Lebel (Canada)
12. Le lundi 11 janvier 2010 à 10:07, par marienic
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19. Le mercredi 20 janvier 2010 à 20:54, par kashjustin
20. Le vendredi 22 janvier 2010 à 09:16, par beby
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