Dans ce combat, trois stratégies conjointes et permanentes de libération sont nécessaires:

Marie-Thérèse Yongui Massok, dirigeante de la Fondation pour le Progrès de la Femme Africaine, à Douala au Cameroun, a défini la première stratégie: ne pas se laisser distraire par les querelles stériles et les discussions byzantines que les hommes provoquent pour justifier la domination masculine, mais développer une politique globale de formation et d'éducation des femmes pour qu'elles affirment fermement leur présence dans tous les domaines décisifs pour le développement du continent africain.

Une politique rationnellement et harmonieusement conduite pour atteindre toutes les femmes dans tous les lieux où elles sont et à tous les échelons de la vie auxquels elles se trouvent.

Pour la femme, la formation est la clé de la libération, le secret de l'affirmation de soi.

Dans son livre, la Postérité de Eve, consacré aux manipulations de la Bible dans les herméneutiques masculines au cours de l'histoire, le docteur Ruth Pakou a tracé les grandes lignes de la deuxième stratégie de libération pour les femmes africaines : la mobilisation des forces vives féminines dans un front commun d'action contre la domination masculine, à partir d'une analyse concrète des problèmes des sociétés avec un regard des femmes.

Une telle mobilisation a besoin de nouveaux leaders féminins qui incarnent les valeurs essentielles de la construction de l'avenir par les femmes d'Afrique.

La troisième stratégie, c'est Pierre Bourdieu qui la définit le mieux : investir les lieux sociaux de reproduction de la domination masculine et y semer d'autres logiques. La famille, l'école, l'Eglise et l'Etat sont ces citadelles à prendre pour qu'y retentisse une autre parole, une autre force d'action. Il s'agit de prendre ces citadelles non pas seulement comme des lieux de production d'un autre discours sur la place de la femme dans la société, mais pour convertir l'homme et son système logique à des échanges profonds sur la nouvelle société africaine à bâtir. Ce sont des lieux de dialogue, de création et de germination d'une nouvelle société.