Olivier Kamitatu, le “ Mamadou Tandja Congolais”, ne touche pas à ma constitution !
Par Freddy Mulongo, jeudi 11 mars 2010 à 13:12 :: radio :: #749 :: rss
Olivier Kamitatu, dans les locaux de Jeune Afrique, février 2010
La déclaration de Olivier Kamitatu selon laquelle « on ne change pas les règles en cours de match », prononcée dans une interview accordée à Jeune Afrique en se référant à la révision de la constitution, montre combien les électrons libres du microcosme politique de la Rd.congo sont toujours libres de se choisir des thèmes pour séduire, plaire et préparer, une fois de plus, le tsunami dévastateur au sein de la société congolaise.
Je crois que M. Olivier Kamitatu a pris les armes pour restaurer, au cœur de l’Afrique, une Nation basée sur la démocratie et l’alternance du pouvoir dans le respect des prescrits de la constitution dont lui-même a été le partisan.
Il doit nécessairement savoir qu’en prenant les armes pour l’actuelle constitution, des milliers de congolais sont morts, enterrés vifs, des femmes et enfants violentés pour que l’on ne parle plus de crise de légitimité du pouvoir.
Cette crise de légitimité pourra être relancée en voulant changer les règles du jeu après le match de 2011. Je voudrai rappeler au Ministre du Plan congolais que le Président américain Obama avait prononcé un discours instructif pour les dirigeants africains, en particulier congolais, qui mérite d’être enseigné au sein des partis politiques.
Un des passages dit, je cite « le peuple ghanéen a travaillé dur pour consolider la démocratie, au moyen des passages pacifiques répétés du pouvoir, même à la suite d’élections serrées » et il poursuit : « les ghanéens ont maintes fois préféré le droit constitutionnel à l’autocratie, et ont fait preuve d’un esprit démocratique qui permet à leur énergie de se manifester.
Nous les voyons dans les dirigeants qui acceptent gracieusement leur défaite et dans les vainqueurs qui résistent aux appels à l’exercice de leur pouvoir contre l’opposition de manière injuste ». et il finit « l’histoire est du côté de ces courageux africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’Etat ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais de fortes institutions ».
Les leçons du Niger et de la Guinée doivent interpeler Olivier Kamitatu. Les congolais n’accepteront plus la révision de la constitution en son article 220 qui stipule : « la forme républicaine de l’Etat, le principe de suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l’indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».
Voilà la génialité des députés de la transition qui ont voulu sauvegarder les acquis de la guerre en introduisant un article contre les électrons libres dont Kamitatu est le guide pour amener le Congo vers un futur incertain.
Ces électrons libres le font pour plaire au Président Kabila dans l’espoir que ce dernier leur emboîte le pas. Ils le font pour rester au pouvoir même s’ils n’ont plus rien à proposer. Ne touche pas à ma constitution est le credo de tout Congolais qui veut défendre, jusqu’au dernier souffle, ce qui lui reste d’important.
Je suis convaincu qu’avec la sagesse de Joseph Kabila, ces électrons libres n’auront pas de place dans l’échiquier politique congolais.
Hier ils étaient avec Bemba, aujourd’hui ils sont avec Kabila et demain ils vont s’offrir au premier venu. Ces genres de comportement, le transformisme politique, montrent le manque de cohésion des politiques congolais qui n’ont que l’opportunisme comme moyen pour survivre. C’est vrai que Kabila n’a pas 15 meilleurs collaborateurs au moment où des ministres se préoccupent beaucoup de leurs fauteuils que de travailler pour le peuple congolais.
J’ose croire que le discours d’investiture du Président Kabila en 2001, qui parla de la crise de légitimité au Congo, doit embrasser celui de Obama pour construire un Congo nouveau.
En paraphrasant Obama, je dis l’histoire congolaise appartient aux courageux dirigeants congolais qui acceptent gracieusement le jugement du peuple sans avoir la peur d’être chassé par le souverain primaire.
Pire encore. Ceux qui tenteront de modifier la constitution, comme Olivier Kamitatu, seront chassés par la rage du peuple congolais.
Les acquis de la transition doivent être sauvegardés à travers protestations, manifestations, pétitions pour barrer la route à Olivier Kamitatu. Ne détruit pas la maison Congo. Ne touche pas à ma constitution.
L'interview de Jeune Afrique:
Olivier Kamitatu : « Il faut plus de pouvoir pour le chef de l'Etat »
Maintenu à son poste après le remaniement du 19 février, l’ex-bras droit de Jean-Pierre Bemba devenu proche de Joseph Kabila préconise une réforme de la Constitution, pour instaurer un régime présidentiel fort.
Jeune Afrique : Comment expliquez-vous l’immobilisme du gouvernement sortant ?
Olivier Kamitatu : Une coalition entraîne toujours des blocages. Mais ceux-ci tiennent aussi à notre Constitution. C’est un copier-coller de la Ve République française. Notre démocratie n’est pas aussi achevée que celle de la France. Le chef de l’État doit avoir plus de pouvoir. Au lieu d’un binôme président-Premier ministre, nous avons besoin d’un leadership fort, avec une autorité bien établie.
Jeune Afrique : Appelez-vous à la suppression du poste de Premier ministre ?
Olivier Kamitatu : Un régime présidentiel peut effectivement se passer d’un Premier ministre.
Jeune Afrique : La présidentielle et les législatives auront-elles bien lieu en 2011 ?
Olivier Kamitatu : C’est une exigence. Nous avons un mandat de cinq ans.
Jeune Afrique : Pourtant, une commission d’évaluation de la Constitution examine entre autres questions l’allongement du mandat présidentiel, de cinq à sept ans…
Olivier Kamitatu :On ne change pas les règles en cours de match. Il reviendra à la chambre issue des prochaines élections de se prononcer s’il y a lieu. Nous constatons en effet que cinq années ne suffisent pas pour reconstruire le pays. À partir de la troisième, la question politique prend le dessus.
Jeune Afrique : Vous êtes chef de parti. Serez-vous candidat en 2011 ?
Olivier Kamitatu : Ma candidature serait une perte de temps. Il faut remporter l’élection dès le premier tour, avec une très large majorité. Le deuxième tour est une coquetterie démocratique.
Jeune Afrique : Pensez-vous que la Monuc doit quitter le pays ?
Olivier Kamitatu : Oui. On ne peut sous-traiter indéfiniment la sécurité du Congo. C’est une question de souveraineté. L’État va fêter ses 50 ans dans quelques mois ! Mais il faut absolument une transition. Nous ne sommes pas totalement prêts. Il faut aussi tenir compte des événements qui vont se dérouler chez nos voisins, comme le référendum au Sud-Soudan [en 2011, NDLR]. La RD Congo est très sensible à ce qui se passe à ses frontières.
Jeune Afrique : L’armée n’est pas toujours à même d’assurer la sécurité. On lui reproche même des viols et des pillages…
Olivier Kamitatu : Une des missions de la Monuc est de nous aider à former une véritable armée. La coopération militaire avec nos autres partenaires produit également ses effets. Il n’y a pas de fatalité.
Jeune Afrique :Vous étiez membre du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de Jean-Pierre Bemba. Il est accusé par la Cour pénale internationale de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Avez-vous été contacté par l’équipe du procureur ?
Olivier Kamitatu : C’est une affaire judiciaire. Je ne répondrai pas à ce genre de question.
Jeune Afrique : Passons au volet économique, l’accord du FMI en décembre dernier doit conduire le pays à une annulation de sa dette extérieure. Sous quel délai ?
Olivier Kamitatu : Notre objectif est de parvenir au désendettement en juin 2010 à hauteur de 90 % de la dette, qui s’élève à 12 milliards de dollars. Nous serons donc sur une annulation d’une dizaine de milliards.
Jeune Afrique : Pour obtenir cette annulation de dette, le FMI vous a contraint à réduire votre nouvel endettement vis-à-vis de la Chine, qui est passé l’an dernier de 9 à 6 milliards de dollars…
Olivier Kamitatu : Avec les institutions de Bretton Woods, nous sommes à présent sur la même longueur d’onde. Il s’agit de poursuivre parallèlement l’effort de reconstruction et celui sur le désendettement. Ces deux priorités sont compatibles et au même niveau d’importance. Le modèle chinois nous permet d’atteindre une croissance soutenue par les investissements dans les infrastructures. La croissance est également une préoccupation du FMI.
Jeune Afrique : Neuf milliards, c’était donc trop ?
Olivier Kamitatu : Ce n’est jamais trop. C’est même insuffisant par rapport aux besoins gigantesques du pays. Mais il est préférable de procéder par tranches selon un calendrier bien établi. C'est ce qui est prévu.
Jeune Afrique : N’est-ce pas paradoxal de négocier une annulation de dette de 10 milliards auprès des partenaires traditionnels pour réemprunter dans la foulée 6 milliards auprès des Chinois ?
Olivier Kamitatu : Le Congo ne peut pas s’arrêter. Les attentes de la population sont extrêmement fortes. En 2006, les besoins du pays ont été chiffrés à 14 milliards de dollars, dont la moitié en ressources propres. Le reste doit provenir de l’aide extérieure. Or, les engagements des partenaires traditionnels s’élèvent à 4 milliards. Il nous faut donc trouver des ressources ailleurs.
Jeune Afrique : Quel bilan faites-vous des cinq chantiers du président Kabila ?
Olivier Kamitatu : Les choses n’avancent peut-être pas au rythme souhaité par le président, et les Congolais n’en ressentent pas encore les effets, mais bon nombre de chantiers ont été ouverts, notamment dans les infrastructures routières. On relie à présent en quelques heures Kinshasa et la ville portuaire de Matadi. La route qui dessert la frontière ougandaise depuis Kisangani est ouverte. Idem entre Lubumbashi et la frontière zambienne. Ces corridors sont stratégiques. La deuxième priorité concerne l’énergie. Ce sont les deux préalables à une croissance forte et à l’industrialisation du pays.
Jeune Afrique : À propos d’industrialisation, quel avenir pour la Gécamines ? Elle semble en très mauvaise posture et incapable de relancer sa production de minerais.
Olivier Kamitatu : Nous sommes engagés dans une réforme des entreprises publiques devenues des sociétés commerciales. À propos de la Gécamines, il convient de s’interroger sur la façon de valoriser au mieux les permis miniers et les participations de l’État.
Jeune Afrique: La Gécamines est-elle à vendre ?
Olivier Kamitatu : Elle n’est pas à vendre et restera congolaise.
Jeune Afrique: Une introduction en Bourse ?
Olivier Kamitatu : C’est l’une des pistes de réflexion, et ce serait logique.
Jeune Afrique: Quant à la relance de la production, peut-on encore y croire ?
Olivier Kamitatu : Il faudrait investir massivement, et l’État actionnaire n’en a pas les moyens. La Gécamines perd 20 millions d’euros par mois. Il faut d’abord résoudre ce problème avant de s’interroger sur une relance de la production.


Commentaires
1. Le jeudi 11 mars 2010 à 16:22, par Makmbo
2. Le jeudi 11 mars 2010 à 18:21, par David Mbo
3. Le jeudi 11 mars 2010 à 20:12, par Jacques Lumbwele
4. Le jeudi 11 mars 2010 à 20:12, par Jacques Lumbwele
5. Le vendredi 12 mars 2010 à 10:53, par Makmbo
6. Le vendredi 12 mars 2010 à 23:27, par BOMA OMENA Henri
7. Le vendredi 12 mars 2010 à 23:41, par BOMA OMENA Henri
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