Ça supposera aussi un grand travail et un partenariat scientifique, muséographique parce que, ne vous trompez pas, dans beaucoup de pays d'Afrique ce sont parfois des conservateurs africains qui ont organisé le trafic et ce sont parfois des conservateurs européens ou des collectionneurs qui ont sauvé ces œuvres d'art africaines pour l'Afrique en les soustrayant à des trafiquants africains, notre histoire mutuelle est plus complexe que nos réflexes parfois !

Mais le meilleur hommage que je peux rendre non seulement à ces artistes mais à ces Africains ou ces Européens qui se sont battus pour sauvegarder ces œuvres c'est de tout faire pour qu'elles reviennent. C'est de tout faire aussi pour qu’il y ait la sécurité, le soin qui soit mis en Afrique pour protéger ces œuvres. Donc ces partenariats prendront aussi toutes les précautions pour qu'il y ait des conservateurs bien formés, pour qu'il y ait des engagements académiques et pour qu'il y ait des engagements d’Etat à Etat pour protéger ces œuvres d'art, c'est-à-dire votre histoire, votre patrimoine et, si vous m’y autorisez, le nôtre.

La culture c'est aussi ce qui doit permettre de changer les regards que nous portons l'un sur l'autre et c'est avec cette ambition que j'ai décidé de lancer en 2020 une Saison des cultures africaines en France. Qu'est-ce que c'est cette Saison ? C'est un constat simple, ce que me disait l'un des membres du Conseil présidentiel, plutôt l'une des membres, c'est de dire c'est formidable en France si on veut connaître l'Afrique on peut aller au musée dit du Quai Branly ou dans beaucoup d'autres musées, on voit l'Afrique que moi je n'ai jamais connue, on voit l'Afrique d’il y a 500 ans ou mille ans mais on ne voit pas la scène artistique contemporaine de l'Afrique et c'est vrai !

Et donc on ne connaît pas l’Afrique, la jeunesse française connaît très mal l'Afrique, elle commence à en connaître la littérature, j'y reviendrai, mais elle en connaît mal la peinture, la vitalité théâtrale, cinématographique, sculpturale, la richesse de toute la création artistique. Et donc cette Saison des cultures africaines en France, inédite, doit permettre de faire connaître à la France, aux jeunes Français la création des jeunes générations africaines dans la mode, dans la musique, dans le cinéma, dans le design.

Je souhaite aussi que cette Saison des cultures soit l’occasion de valoriser une autre forme d'histoire et je le dis avec beaucoup de solennité dans cette université. L'histoire de l'Afrique ne peut pas être seulement écrite par des spécialistes européens de l'Afrique, il convient de valoriser, de poursuivre et d'aider au parachèvement d'une histoire de l'Afrique écrite par les Africains. Je pense d'une part évidemment à l'histoire et l'historiographie africaine qui est indispensable et encore une fois votre université porte le nom d'un de ses artisans éminents mais je pense aussi à l'histoire de l'Afrique par son cinéma.

Les pionniers du cinéma africain de Paulin SOUMANOU VIEYRA à Ousmane SEMBENE se sont battus pour faire émerger la voix d'une Afrique indépendante, libre de porter son propre regard sur elle-même et nous devons continuer d'avoir une culture, une volonté de porter justement ce regard libre. La France en conserve précieusement la trace au sein de la cinémathèque Afrique qui rassemble près de 1.700 films coproduits par la France dans plus de 30 pays. Cette mémoire de l'Afrique et de son cinéma je veux la mettre à la disposition à la fois de la jeunesse africaine et de la jeunesse française, ce sera un des grands objectifs de cette Saison des cultures africaines.

Le deuxième ciment de cette aventure commune c'est le sport, en 2024 la France accueillera le monde entier à Paris et je souhaite que les sportifs français y brillent, je vous rassure, mais je souhaite également que ces Jeux olympiques puissent valoriser l'excellence sportive africaine. Pour cela, les sportifs africains de haut niveau doivent disposer des moyens de pleinement développer leur potentiel. C'est pourquoi j'ai demandé au Comité d'organisation des Jeux olympiques de prévoir dès à présent un plan pour permettre aux sportifs africains de venir s'entraîner en France dans les meilleures installations.

Mais je souhaite aussi que l'Afrique puisse se doter des meilleures installations sportives pour ses sportifs et pour ses jeunes, d'installations durables qui survivent au seul usage d'une compétition internationale. Et donc dans le cadre de l'organisation de ces Jeux olympiques de 2024 je souhaite que nous puissions en lien avec le Comité des Jeux olympiques et dans le cadre de ce partenariat entre l'Union européenne et l'Union africaine organiser le développement et l'investissement dans ces infrastructures sportives et ces installations.

Cette initiative que je souhaite porter d'envergure européenne reconnaîtra le sport comme un puissant vecteur de développement et de croissance des économies africaines. L'économie du sport ce ne doit pas seulement être la vente des maillots même quand ce sont les maillots des meilleures équipes européennes, ce qui est parfois et souvent le cas dans beaucoup de villes en Afrique, même si je ne saurai m'opposer à la vente du maillot de l'Olympique de Marseille, mais cela doit aussi être le développement d'une vraie filière économique ici en Afrique.

Et là aussi en matière de sport il est nécessaire que les jeunes Africains aient les infrastructures qui leur permettent de s'entraîner pour les Jeux olympiques mais que dans cette période de temps qui nous est offerte nous puissions avoir une vraie stratégie commune pour développer ce secteur économique et cette création de richesse. Je porterai dans les prochaines semaines une initiative rassemblant de grands acteurs du monde sportif qui encouragera à la fois les investissements dans le domaine des équipements sportifs et les investissements des sportifs dans l'économie africaine.

Enfin, en nous retrouvant ensemble par ce qui nous unit par-delà ou par avant la culture et le sport dans cet amphithéâtre même le ciment principal qu'il y a entre nous, celui tellement évident qu'on finit par ne plus le mentionner, c'est la langue, j’allais dire la langue française. Oui, c'est bien la langue française mais à vrai dire il y a bien longtemps que cette langue française, notre langue, n'est plus uniquement française. Elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. Notre langue française c'est une chance pour nous et notre langue a un avenir, ça n'est pas simplement un patrimoine à protéger et cet avenir se joue pour beaucoup en Afrique, ici.

Son avenir, son rayonnement, son attractivité n'appartient plus à la France. La francophonie c'est un corps vivant, un corps par-delà nos frontières dont le cœur bat quelque part pas loin d'ici. Et je veux que vous ayez conscience de cela, moi j'en suis fier, je suis fier que la langue dans laquelle je suis né, à laquelle je dois tout, la langue dans laquelle on m’a fait grandir, par laquelle je peux convaincre, la langue par laquelle quelqu'un comme moi qui vient d'une famille de province peut devenir président de la République française parce qu'il apporte des arguments et des émotions à d'autres qui à un moment le suivent, ce soit aussi votre langue.

Soyez-en fiers parce que c'est une langue qui va permettre à une jeune fille burkinabé de faire la même chose demain, de convaincre les jeunes de sa génération et de prendre les responsabilités, d'aller conquérir quelque chose qui n'est pas forcément à elle au début, cela nous l'avons en partage. Alors je vous le dis très simplement, faîtes le vivre, ne la regardez pas comme une langue que certains voudraient ramener à une histoire traumatique, elle n'est pas que cela puisqu'elle est la langue de vos poètes, de vos cinéastes, de vos artistes, vous l’avez déjà réacquise, vous vous l’êtes déjà réappropriée ! La langue française du Burkina-Faso, la langue française du Sénégal, elle n'est déjà plus seulement française, elle est déjà la vôtre, alors portez-la avec fierté !

Et cette francophonie, ce n’est pas la francophonie française, non, elle a depuis bien longtemps échappé à la France. Je veux une francophonie forte, rayonnante, qui illumine, qui conquiert parce que ce sera la vôtre, portez-la avec fierté cette francophonie, défendez-la, mettez-y vos mots, mettez-y vos expressions, transformez-la, changez-la à votre tour ! Parce que je vais vous faire une confession, le français que nous avons appris les uns et les autres a été un moment figé par une académie comme un instrument de pouvoir, même si elle fait un travail formidable évitant certaines dérives de certains qui confondent le combat politique avec l'anecdote du temps.

C'était un travail important mais avant ce Français classique de l'Académie il y avait un français irrigué de tant et tant de patois et de langues vernaculaires, lisez le français de Rabelais, vous vous rendre compte ! Mais le français d'Afrique, des Caraïbes, de Pacifique, ce français au pluriel que vous avez fait vivre c'est celui-là que je veux voir rayonner, portez-le avec fierté, ne cédez à aucun discours qui voudrait en quelque sorte renfermer le français dans une langue morte ou combattre le français comme une langue trop chargée par un passé qui n'est pas à la hauteur du nôtre ! Non, allez avec une francophonie conquérante et je serai à vos côtés !

Pour cela, j'ai décidé que le représentant personnel du président de la République française pour la francophonie ce ne serait pas comme classiquement un ministre, ce serait une personnalité à part, c'est pourquoi j'ai demandé, je remercie d'avoir accepté, à Leïla SLIMANI qui est ici à mes côtés de prendre cette fonction. Parce qu'elle écrit et qu'elle fait vivre cette langue, notre langue, de part et d'autre de la Méditerranée dans des imaginaires mêlés et qu'elle appartient à une génération qui veut cette conquête, qui veut ouvrir cette nouvelle voie en marche, oui.

Et je lui ai demandé d'abord avec vous et toutes celles et ceux qui voudront participer à ce défi, de conduire en lien bien entendu avec l'Académie française dont je veux ici saluer le rôle et l'engagement tout personnel de madame Hélène CARRERE d'ENCAUSSE qui avec beaucoup de rigueur et de détermination porte notre langue française et son exigence, en lien donc avec l'Académie française qu'elle puisse progressivement construire un dictionnaire de la francophonie plus riche, plus large que le français de France mais qui est ce français de la francophonie que nous avons en partage, avec les auteurs, les intellectuels, les créateurs de toute la francophonie.

Je lui ai demandé aussi en s'entourant de plusieurs intellectuels africains, je pense notamment à Alain MABANCKOU, de réfléchir à un nouveau projet pour la francophonie pour en faire un outil de rayonnement culturel pour la création africaine, un instrument au service de l'intégration économique, c'est cette ambition que nous devons avoir pour la francophonie ! La lutte pour la francophonie c'est la volonté de réinventer dans cette langue que nous avons en commun un avenir heureux, là où nous aurions pu n'avoir qu'un passé fait de traumatismes.

C'est cette volonté de dire nous avons des formidables opportunités de richesses culturelles, de création, d'imaginaire en commun mais aussi d'opportunités économiques parce que nous aurons un espace linguistique d'une puissance inédite à travers tous les continents et au premier chef en Afrique ! Se renfermer sur telle ou telle langue, refuser la langue française pour avoir un effet de mode pour la langue anglaise dans le continent africain c'est ne pas regarder l'avenir ! Le français ce sera la première langue de l'Afrique et peut-être du monde si nous savons faire dans les prochaines décennies, prenons ce défi ensemble, allons-y, portons-le ! Mais je vous le dis non pas comme on donne une leçon, non pas en vous disant « je veux que ce soit ainsi », je vous le dis très simplement, je crois très profondément que c’est bon pour nous tous, mais ça ne dépend que d’une chose, votre volonté, votre détermination.

Je voulais vous dire de cette nouvelle histoire de la francophonie que nous ouvrons avec Leila SLIMANI, de cette nouvelle ambition et j'aurai l'occasion en début d'année prochaine d'en détailler toutes les ambitions et d'expliquer cette nouvelle page de la francophonie qu'avec vous, je veux pouvoir écrire.

Soyons conquérants, soyons ambitieux ; et je serais après demain au Ghana pour illustrer cette approche dans un pays anglophone qui se tourne vers la francophonie, qui fait ce choix, qui fait ce pas en avant. Je veux ensemble que nous ayons cet esprit de conquête, je veux qu'il y ait une ambition partagée.

Voilà Mesdames et Messieurs au moment de se retirer je crois qu'il est de coutume ici au Burkina Faso de demander la route. C’est ce que je vais faire en vous demandant non seulement la route mais aussi les destinations que nous devons prendre ensemble. Au bout de cette route nous avons le choix entre l'envie de nous retrouver ou la tragédie de nous ignorer. Je vous propose non seulement de nous retrouver, mais de ne plus nous séparer.

Felwine SARR écrit cette belle formule « l'Afrique n'a personne à rattraper, elle ne doit plus courir sur les sentiers qu'on lui indique, mais marcher prestement sur le chemin qu'elle se sera choisie ». Alors marchons ensemble sur ce chemin si vous en êtes d'accord et apprenons à nous aimer fort de notre histoire partagée et de notre devenir commun. C’est la proposition que je suis venu vous faire aujourd'hui avec beaucoup d'humilité. C'est la même proposition que je ferai demain à mes homologues africains et européens.

Vous ne lirez jamais chez moi des leçons pour l'autre, vous ne lirez jamais chez moi non plus des propos faciles pour faire plaisir, vous l'avez compris, mais vous trouverez toujours une exigence partagée parce que j'ai la volonté de réussir avec vous ; alors quoi que nous puissions en dire demain cette route comme cette destination elle est entre vos mains, parce que c'est vous qui connaissez la route.

Je vous remercie.