S’il existait un trophée de la mise en scène la plus pathétique, WATCH OVER mériterait de le décrocher.
Fort de 2 700 salariés, ce sous-traitant d’Aéroports de Paris est spécialisé dans la sûreté aéroportuaire. En clair, il est chargé de l’accueil et du contrôle des passagers ainsi que de leurs bagages au sein d’une dizaine d’aéroports français, dont Orly et Roissy.
Le 7 août 2025, alors qu’une équipe de TF1 est attendue pour réaliser un reportage dans le terminal S3 de l’aéroport Charles-de-Gaulle voué aux vols en correspondance, Watch Over s’active et pas qu’un peu. Dès les premières prises de service de la journée, la société procède à des changements de poste de salariés dans les espaces que les journalistes vont emprunter.
Une dizaine d’entre eux sont envoyés loin des caméras et remplacés par d’autres. Facétieux hasard : tous les déplacés ont la peau noire et tous les remplaçants ont la peau claire… Une déclinaison du grand remplacement ?
« ON A TOUS COMPRIS CE QU’IL SE PASSAIT ET ON ÉTAIT CHOQUÉS; CERTAINS PLEURAIENT » , raconte un interressé.
Après trois semaines de remous, lors d’un comité social d’entreprise, des représentants du personnel interpellent la direction…qui nie avoir donné la moindre consigne. Faute d’explications, les élus décident de recourir à un expert indépendant pour conduire une enquête. À ce jour, le processus est au point mort. C’est ballot !
Ceci dit, la direction de WATCH OVER n’est pas restée les deux pieds dans le même sabot. Plutôt que de tancer les responsables qui ont caché ces Noirs que la télé ne saurait voir, elle décide de sanctionner ceux qui ont eu la mauvaise idée de protester. Depuis septembre 2025, sept agents ont dû quitter la taule à la suite de pressions, dont cinq licenciés pour des motifs bidon.
Ainsi, une superviseuse, qui peut se prévaloir de vingt-sept ans d’ancienneté, a été virée sans indemnités au motif d’incidents qu’ADP aurait signalés à WATCH OVER durant son service. Pourtant, ADP indique au Canard 🦆 n’avoir constaté « AUCUN ÉVENTUELLEMENT EN LIEN AVEC LE PÉRIMÈTRE OPÉRÉ PAR WATCH OVER » ce jour-là .
VIRÉS SUR L’AILE !
L’une des déplacés qui, le jour du tournage, a prévenu un syndicaliste a été renvoyée, après vingt-trois ans de bons et loyaux services. Ceux encore présents ont dû faire face à une multitude de mesures désagréables, comme des changements de planning de dernière minute se traduisant par deux heures supplémentaires de trajet chaque jour. Vous avez dit mesquin ?
Contactée, la direction WATCH OVER estime que « tout manquement (comportement inapproprié, incident sûreté, tenue vestimentaire non conforme, etc.) à l’engagement d’excellence professionnelle entraîne des conséquences ».
De son côté, ADP blanchit son sous-traitant en indiquant que, après une investigation il ressort que « la restitution des faits dément toute initiative de discrimination ». Tout va bien, donc.
Peu convaincue, cependant l’inspection du travail de Roissy a entamé une enquête pénale et se demande si la mise à l’écart des salariés noirs ne relève pas de discrimination.
Un vilain comportement passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende, comme le rappelle, taillon, l’un des sept inspecteurs mobilisés par une convocation adressée au boss de WATCH OVER. Nul doute que celui-ci, qui est aussi président d’un petit syndicat patronal de la branche, se fera fort de le rassurer.
Ironie du sort ? Le 13 mars dernier, lors d’une visite dans les locaux, trois inspecteurs du travail ont eu la surprise de constater l’absence -illégale-de vestiaires séparés pour hommes et femmes. Décidément, WATCH OVER a du mal avec l’égalité.
Le Canard Enchaîné 🦆






