En mai 1997, à l’arrivée des Kadogos à Kinshasa, Norbert LIKULIA BOLONGO, le dernier Premier ministre du Mobutu Sese a fui la capitale pour Brazzaville, en oubliant son passeport. C’est tout dire de cet homme au cœur, qui a exercé des hautes fonctions contre ses compatriotes et son pays.
Le 18 mars 1978, treize jeunes officiers ont été exécutés à Kinshasa dans le cadre de l’affaire dite « Major Kalume ».
Une sombre histoire de faux coup d’État orchestrée par le pouvoir de l’époque pour semer la terreur, légitimer des purges dans les rangs de l’armée et consolider le pouvoir sur fond d’affinités tribales.
Mi-février 1978, une vague d’arrestations des officiers fut menée dans les garnisons de Kinshasa et de l’intérieur du pays. La majorité des prévenus avaient la particularité commune d’être formés à l’École Royale Militaire belge.
Et comme c’était souvent le motif à l’époque, ils étaient accusés d’« atteinte à la sûreté intérieure de l’État en connivence avec la Belgique ».
Parmi les prévenus se trouvait le Major Kalume Kahamba, présenté comme le cerveau du complot, mais aussi d’autres officiers, pour la plupart des « ERM-istes »: le colonel Biamwenze, le colonel Mwepu, le lieutenant-colonel Mwehu, le lieutenant-colonel Tshunza, le lieutenant-colonel Kalonda, le major Panubule et le capitaine Fundi.
Le major Kalume était à l’époque le secrétaire particulier du général Norbert LIKULIA BOLONGO, auditeur général dans cette même affaire. Le Major Kalume fut condamné à mort et exécuté avec tous ses compagnons d’armes.
Auparavant, un groupe d’opposants en exil avait pris contact avec des officiers résidant au Zaïre, par l’intermédiaire d’hommes politiques qui, sous couvert d’affaires, faisaient la liaison entre les deux.
Les exilés étaient regroupés au sein d’un parti politique d’opposition au régime de Mobutu : le MARC, à la tête duquel se trouvaient Monsieur Monguya (président), Pierre Kanyonga (secrétaire général) et Kalono. Le Major Charles Kalume Kahamba, breveté de l’ERM et licencié en criminologie, était à l’époque inspecteur des services pénitentiaires des F.A.Z.
Il était en plus le seul officier-élève africain à recevoir « L’Épée du Roi » pour ses brillantes études à l’ERM.
Lors d’une mission de service en Europe en 1976, il aurait rencontré les membres du mouvement de l’opposition MARC dont Daniel Monguya.
En 1978, une nouvelle mission le mena en Argentine, en compagnie du général Norbert LIKULIA BOLONGO, auditeur militaire général des F.A.Z. Lors d’une escale à Paris, le major Kalume Kahamba se serait entretenu avec les membres du MARC. Il sera arrêté quelques jours après son retour à Kinshasa.
Une parodie de justice
Le 17 février 1978, alors qu’il assistait à une messe de commémoration du 40ème jour de la mort d’un camarade, le capitaine Mpiana, le Major Kalume est arrêté en même temps que plusieurs de ses collègues jeunes officiers.
La plupart des personnes appréhendées par la suite l’ont été à partir des témoignages qui lui ont été extorqués sous la contrainte et les manipulations.
Durant le procès, le Major Kalume n’était pas normal, il avait l’air drogué et fatigué.
Au total, il y avait 91 personnes poursuivies. Il avait commencé par donner les noms des personnes rencontrées dans la journée, puis celles figurant sur la liste de collecte pour le deuil du feu Mpiana.
Dans cette liste, utilisée comme principal pièce d’accusation, les officiers originaires des régions de l’Équateur et du Haut-Zaïre ne furent pas inquiétés, bien qu’ils aient participé à la collecte.
Les inculpés furent déférés devant une commission d’enquête composée des généraux Babia, Singa, Norbert LIKULIA BOLONGO, du colonel Bolozi ainsi que du tout-puissant conseiller spécial de Mobutu, Seti Yale, qui menait ses interrogatoires au pavillon 10 de la cité de l’OUA.
Les perquisitions furent faites aux domiciles des « terroristes », tels qu’ils étaient qualifiés par le régime.
Une liste du gouvernement et un plan d’attaque du Mont-Ngaliema, résidence officielle de la présidence de la République, auraient été découverts dans le matériel du Major Panubule, chez lui et à son domicile.
Il leur fut reproché d’avoir voulu, par le terrorisme urbain, créer un climat de terreur dans la ville de Kinshasa, en vue de pousser le général Mobutu à la démission.
Selon l’accusation, le groupe d’officiers était dirigé par le major Kalume qui aurait reçu de l’argent de la part de Monguya pour le recrutement d’autres éléments militaires et l’exécution du plan de déstabilisation à Kinshasa.
Les suspects sont traduits devant le conseil de guerre de la ville de Kinshasa.
Le procès se déroula du 8 au 16 mars 1978. Les questions qui furent posées aux inculpés étaient presque les mêmes, aussi bien à la commission d’enquête qu’en audience : — Connaissez-vous Kalume ou Mpiana ? — Quelles relations particulières avez-vous avec l’un ou l’autre ? — Avez-vous participé au deuil de feu Mpiana ? — Avez-vous cotisé ? Si oui, combien avez-vous donné ? — Connaissez-vous le Nganda (la terrasse) Brigitte ?
Le 17 mars 1978, le verdict est rendu. 78 des 91 inculpés sont condamnés, dont 13 à la peine de mort. Peines requises avec acharnement par l’auditeur général des FAZ, le général Likulia, colonel à l’époque des faits. Mais, alors que les condamnés nourrissaient encore l’espoir d’obtenir la grâce présidentielle, le chef de l’État rejeta leurs recours. Les 13 personnes condamnées à mort furent exécutées à l’aube du 18 mars 1978. Tous les autres, civils et militaires, furent acheminés à la prison d’Angenga à l’Équateur.
Dans son discours radiotélévisé du 18 mars annonçant les exécutions des « terroristes », Mobutu déclara de manière machiavélique : « Désormais, je le déclare solennellement, je serai sans pitié contre toute tentative de ce genre…je n’accepterai plus que, sous prétexte de sauvegarder les droits de l’homme, on multiplie les interventions pour amener l’État zaïrois à ne pas faire subir aux criminels de cette espèce le châtiment qu’ils méritent. Les peines capitales qui viennent d’être exécutées doivent demeurer un exemple pour tout ce monde. C’est à ce seul prix que la paix et la protection des personnes et des biens pourraient être sauvegardées. Ce tribut sera désormais payé en toutes circonstances ».
Dix jours après l’exécution de Kalume et ses compagnons d’infortune, une ordonnance-loi signée du chef de l’État décidait de la confiscation des biens meubles et immeubles des condamnés, vivants ou morts.
Mobutu profita de cette affaire pour renvoyer 752 officiers et sous-officiers de l’armée dont un général, sept colonels, 20 lieutenants-colonels, 23 majors, 60 capitaines, 85 lieutenants, 76 sous-lieutenants, 125 adjudants-chefs, 131 adjudants de première classe et 224 adjudants.
On les appellera des « enveloppés », car on leur remettait une enveloppe contenant une simple lettre de renvoi de l’armée au mépris des règlements militaires et des droits de l’homme.
Il s’agissait des officiers et sous-officiers originaires du Bandundu, du Shaba et des deux Kasaï, mais qui n’étaient pas mêlés au procès. Elles contenaient la mise en retraite anticipée de tous ces éléments des FAZ.
Ces officiers n’avaient droit à aucune explication ni à une quelconque indemnisation matérielle ou financière.
Ils furent immédiatement chassés des camps militaires ou des maisons qu’ils occupaient.
Certains d’entre eux se retrouvèrent brutalement dans la rue, du jour au lendemain. Cette purge fut complétée par une lettre émanant du Premier Secrétaire permanent du Comité Central du M.P.R., adressée aux grandes sociétés et entreprises étatiques et paraétatiques leur interdisant d’embaucher ces officiers et sous-officiers radiés de l’armée.
C’est Norbert LIKULIA BOLONGO, AUDITEUR MILITAIRE GÉNÉRAL DES FAZ, A CONDAMNÉ À MORT NOS JEUNES OFFICIERS.
Freddy Mulongo Mukena
Freddy Mulongo-Article 19 Liberté d’expression !
Mulongo Mukena Mulunda Mulongo
Réveil FM International





