Cette rubrique les 10 questions fait écho d’un livre placé à la Bibliothèque Nationale de France (BNF) au rayon « HISTOIRE DE LA RDC ». Donner la parole aux acteurs et activistes de notre diaspora, sans la saucissonner ni la tripatouiller, est notre leitmotiv.
Il y a de nombreuses années. La première rencontre avec Paul Kahumbu Ntumba fut à la gare de Nemours en France. Alter-ego
de Jean Kalama Ilunga, un Grand Patriote-Résistant qui nous a quittés et a été enterré à Nemours, le 30 juin2017. Paul Kahumbu Ntumba, le lion rugissant de Lausanne est toujours là, debout et actif. Jean-Kalama Ilunga et Paul Kahumbu Ntumba ont été des ténors du Front Civil de Résistance Populaire, complices en stratégie, ils ont œuvré ensemble dans la défense de la patrie, y compris dans le soutien du Général Faustin Munene à Brazzaville.
Ancien président de l’Udps Suisse, Paul Kahumbu Ntumba a perdu son travail et ses avantages, puisqu’il devait accompagner Étienne Tshisekedi wa Mulumba en Allemagne. L’Udps de 13 parlementaires fondateurs a des casseroles retentissantes en Suisse.
J’ai couvert plusieurs rencontres avec Paul Kahumbu Ntumba : Les veillées d’arme à Lausanne dont la première fut celle de TATA KIMBANGU, le séjour de M’zée Pierre YAMBUYA KIBESI à Lausanne, son interview et Jean Kalama Ilunga à la radio de l’ONU à Genève, son interpellation à Abdou Diouf, ancien général de la Francophonie pour le sommet qui devait se tenir à Kinshasa en 2012…sans oublier le lancement du Front Civil de Résistance Populaire à l’hôtel Continental de Lausanne. Mama Ange Banjo Kahumbu, son épouse et présidente de la Baume au cœur a été de toutes luttes avec son mari.
Nous remercions Paul Kahumbu Ntumba pour ses réponses à nos questions.
- Réveil FM International : La Dynamique Diaspora Congolaise Engagée (DDCE) que vous présidez avait organisé à Genève les 8 et 9 août 2026 une réunion patriotique pour constituer un comité préparatoire chargé de peaufiner l’architecture du prochain Conseil mondial de la diaspora patriotique Congolaise. Les BANA MAMA KONGO maman Kongo sont-ils si nombreux, éparpillés dans le monde ? Est-ce que la bonne identification nationale de qui est qui, commence avec le Conseil mondial de la diaspora patriotique Congolaise ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Oui, les BANA MAMA KONGO sont nombreux et considérables, présents sur les cinq continents, et c’est précisément cette dispersion qui a longtemps affaibli notre force collective.
Nous sommes nombreux, mais nous étions éparpillés, non répertoriés, non structurés, chacun agissant dans son coin, souvent avec sincérité, mais sans coordination ni mandat vérifiable.
L’identification de qui est qui n’est pas un exercice de comptage ni de flatterie protocolaire.
C’est un travail méthodique : mandats clairs, critères de patriotisme et d’engagement vérifiable, ancrage dans des comités locaux avant toute prétention mondiale.
Les assises de Genève n’ont pas créé le Conseil mondial. Elles ont installé le comité préparatoire chargé d’en peaufiner l’architecture, étape par étape, précisément pour éviter que ce projet ne devienne une coquille vide sans base ni légitimité.
C’est cette rigueur, et non la précipitation, qui distinguera ce Conseil Mondial de la diaspora des tentatives antérieures restées sans lendemain.
Concrètement, la mission du comité préparatoire est de recenser les compétences de la diaspora, de relier entre elles des initiatives jusqu’ici isolées, et de construire une représentation transparente, vérifiable par chacun.
- Réveil FM International : À l’hôtel Warwick de Genève, proche de la gare Cornavin, où vous avez tenu vos assises, il paraît que vous avez préalablement exorcisé le lieu. N’est-ce pas de cet hôtel qu’en novembre 2018 Félix Tshilombo et Vital Kamerhe, les deux Dupont-Dupont de l’époque, avaient renié leurs signatures sur le choix du candidat commun de l’opposition pour la présidentielle de décembre 2018 ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : L’histoire retient qu’en novembre 2018, un accord désignant un candidat unique de l’opposition avait été conclu à Genève avant d’être renié dès le lendemain par ses propres signataires, sous la pression de leurs bases.
Ce reniement reste, dans la mémoire patriotique de la diaspora, le symbole d’une parole politique donnée puis reprise, d’un engagement écrit qui ne vaut que jusqu’au premier calcul.
Les participants aux assises de Genève ont effectivement voulu marquer, par un moment de prière et de recueillement selon nos traditions, une rupture avec cette histoire de signatures trahies.
Ce n’est pas un rituel occulte, c’est un acte à la fois spirituel et politique assumé : nous ne voulions pas que ce lieu porte encore, sans réponse, l’empreinte d’un engagement non tenu, au moment même où nous y posions les fondations d’une structure appelée à durer.
La différence entre 2018 et 2026, c’est que nous n’y sommes pas venu négocier un strapontin de pouvoir, mais bâtir un outil de contrôle et de mobilisation qui survivra aux ambitions personnelles.
La preuve en est dans la méthode retenue à Genève : la fraternité plutôt que la négociation de circonstance, le travail en commissions, les votes, et l’installation d’un Bureau préparatoire chargé de porter le processus jusqu’à la Conférence constitutive.
- Réveil FM International : Dans l’histoire récente, c’est en Suisse qu’avait été proclamé le premier gouvernement zaïrois en exil sous la dictature du Maréchal Mobutu Sese Seko. Pourquoi ce silence aujourd’hui de la communauté Kongo en Suisse ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : La Suisse a effectivement été, dès l’époque mobutiste, une terre de refuge, de surveillance aussi — le régime y avait déployé ses propres services pour intimider les exilés — et terre de résistance politique congolaise. Ce passé n’est pas un mythe ; il est documenté et il nous oblige.
Le silence apparent d’aujourd’hui n’est pas de l’indifférence, il est le symptôme d’une communauté fragmentée par la peur des représailles sur les familles restées au pays, par l’individualisme que favorise l’exil, et par l’absence, pendant des années, d’une structure fédératrice crédible.
C’est exactement le vide que la DDCE et le futur Conseil mondial entendent combler : nous voulons faire de Genève davantage qu’un lieu d’exil ou de protestation — une plateforme de structuration, où s’organisent le plaidoyer, la mise en valeur des compétences, les investissements et la contribution de la diaspora à la refondation nationale.
- Réveil FM International : Quel regard portez-vous sur de cet état d’esprit de se retrouver ensemble dans la diaspora patriotique autour de cet appel en lingala « SOKI BALOBI YAKA…YAKA », qui est en train de faire son chemin ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Cet appel traduit exactement l’esprit que nous voulons insuffler : une disponibilité inconditionnelle à répondre présent dès que la cause commune l’exige, sans calcul de préséance ni conditions personnelles. « SOKI BALOBI YAKA, YAKA ! » — quand l’appel est lancé, on vient.
Qu’il fasse aujourd’hui son chemin dans la diaspora patriotique est un signe encourageant : il signifie que la logique du chacun-pour-soi recule devant celle du rassemblement. Notre responsabilité, à la DDCE, est de transformer cet élan spontané en engagement structuré et durable, pour qu’il ne s’épuise pas en simple slogan.
C’est le sens que nous avons donné aux deux journées de Genève : le 8 août 2026 a construit la confiance entre nous ; le 9 août 2026 a produit un travail institutionnel concret.
Désormais, « SOKI BALOBI YAKA, YAKA ! » doit signifier : parler, décider, rédiger, rendre compte et agir ensemble.
- Réveil FM International : Genève abrite le deuxième siège de l’ONU. Le kidnapping des opposants et des journalistes indépendants devient un mode de fonctionnement du régime tyrannique de Kinshasa, qui de surcroît condamne à mort. Où est l’état des droits et des libertés tant clamé au sommet de l’État congolais ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Il y a là une contradiction que nous dénonçons sans relâche : que des atteintes graves aux libertés — intimidations, enlèvements présumés d’opposants et de journalistes, recours à la peine capitale — puissent se produire alors même que le pays se réclame de l’État de droit et que Genève, ville qui abrite le deuxième siège des Nations unies, incarne précisément l’exigence universelle des droits humains.
Les droits et libertés proclamés au sommet de l’État restent, pour l’essentiel, un discours de façade tant qu’ils ne s’accompagnent pas d’institutions indépendantes capables de protéger réellement les citoyens, les défenseurs des droits humains et la presse.
C’est pourquoi nous appelons les instances onusiennes présentes à Genève à sortir de la diplomatie feutrée et à exiger des comptes concrets sur chaque cas documenté.
C’est aussi pourquoi le Conseil se dote de commissions dédiées au plaidoyer international et à la diplomatie numérique, chargées de documenter les faits, de protéger les personnes concernées et de saisir les mécanismes compétents.
- Réveil FM International : Pourquoi n’y a-t-il toujours pas un tribunal pour condamner les crimes contre l’humanité au Kongo, seize ans après la publication du rapport Mapping ? Ce rapport, minutieusement documenté par des experts de haut niveau, n’a-t-il pas vieilli dans un tiroir de l’ONU ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Le rapport Mapping, publié en octobre 2010 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, a recensé plus de six cents incidents graves commis entre 1993 et 2003, dont une majorité qualifiée de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Seize ans après, force est de constater qu’aucune juridiction — congolaise, internationale ou mixte — n’a mis en œuvre les recommandations de ce rapport, notamment la création d’une chambre mixte.
Ce silence judiciaire n’est pas un hasard : il arrange des acteurs congolais et internationaux qui préfèrent la paix des braves à la justice des victimes. Nous considérons que cette impunité prolongée est elle-même un facteur d’instabilité, car elle envoie le signal que les crimes de masse resteront toujours sans suite.
La DDCE soutient toute initiative, congolaise ou internationale, visant à sortir enfin ce rapport du tiroir où on l’a rangé. Le Conseil mondial entend porter la mémoire des victimes et soutenir la demande de justice : documenter, mobiliser experts et associations, et conduire un plaidoyer international en faveur de mécanismes judiciaires crédibles.
- Réveil FM International : Les profito-situationnistes s’attendent, comme des prédateurs, à bondir sur la proie. N’y a-t-il pas un risque de voir des combattants fatigués de la lutte céder à l’hypothétique dialogue made in Félix TSHILOMBO KANIKI TSHINTUNTU L’AFFABULOCRATRE MUANA MBOKA YA MOYIBI, le versatile ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Le risque est réel, et nous ne le sous-estimons pas. Après des années de combat, la fatigue est humaine, et il existe toujours des profiteurs de situation prêts à récupérer cet épuisement pour se placer, individuellement, dans un arrangement de circonstance présenté comme un « dialogue ».
Nous rappelons cependant les faits : l’histoire récente montre un pouvoir en place coutumier des accords conclus puis retirés dès qu’ils cessent d’être utiles — l’épisode même de Genève en 2018 en est l’illustration. Face à ce précédent, la vigilance de la diaspora patriotique doit rester entière : nous ne fermons la porte à aucun dialogue sincère et vérifiable, mais nous refusons que la fatigue de certains serve de porte d’entrée à des arrangements individuels qui trahiraient le combat collectif.
Nous nous en protégeons par des règles claires : transparence, intégrité, compétence, collégialité et redevabilité.
Le Conseil Mondial de la diaspora doit demeurer un outil au service de l’intérêt général, non une plateforme de postes ou de négociations individuelles.
- Réveil FM International : Se bat-on en vain pour maman Kongo ? Comment analysez-vous les comportements de traverseurs de rue versatiles et des inconstants au sein de la diaspora patriotique Kongo ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA :
Non, nous ne nous battons pas en vain. Un combat de cette ampleur — remettre debout un État et une nation — se mesure en décennies, pas en mois, et chaque étape franchie, y compris les assises de Genève, en est la preuve.
Quant aux comportements versatiles, aux « traverseurs de rue » qui changent de trottoir politique au gré des opportunités, ils sont la conséquence directe de l’absence, pendant trop longtemps, de structures capables d’exiger la cohérence et de sanctionner l’inconstance.
Nous les analysons sans complaisance comme une fragilité structurelle du militantisme en diaspora, née de l’isolement et du manque d’ancrage organisationnel, et nous y répondons en construisant des cadres où l’engagement se mesure à des mandats, des comptes rendus et une discipline collective, non à des postures.
Le Conseil Mondial de la diaspora doit accueillir toute cette diversité tout en lui imposant un code d’éthique, des critères d’adhésion clairs et une obligation de rendre compte, pour que notre engagement s’appuie sur des institutions et non sur les seules personnes.
- Réveil FM International : Depuis longtemps nous vous qualifions, dans la lutte, de lion de Lausanne qui rugit. Avez-vous toujours la force de rugir ? Sur TikTok, un jeune internaute menace Francis Matumona, du Bataillon Front Populaire, champion de judo en Île-de-France, ainsi que madame Bibi Kapinga, journaliste très connue au Kongo et dans la diaspora, et vous menacent vous-même également. Allez-vous passer sous silence cette incongruité monumentale ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Oui, j’ai toujours la force de rugir, et cette énergie n’a pas diminué avec les années de lutte — elle s’est au contraire nourrie de chaque épreuve traversée.
Sur les menaces que vous évoquez, je ne les passerai pas sous silence : proférer des menaces contre un militant, contre une journaliste ou contre quelque acteur patriotique que ce soit, sous quelque prétexte que ce soit, est inacceptable et n’a pas sa place dans notre combat.
Ces intimidations, qu’elles visent Francis Matumona Sigialata , Madame Bibi Kapinga ou ma propre personne, relèvent d’un climat plus large de pression que subissent régulièrement les voix critiques de la diaspora.
Aucune menace ne doit être banalisée : nous documentons, nous signalons aux plateformes concernées, nous saisissons les autorités compétentes, et nous refusons toute escalade.
La protection des journalistes, des femmes et des militants est une exigence de responsabilité qui nous engage tous, et ce climat ne nous fera pas taire ; il renforce au contraire notre détermination à nous organiser pour protéger celles et ceux qui s’exposent.
- Réveil FM International : Soixante-six ans après la fameuse indépendance proclamée le 30 juin 1960, MAMA KONGO tourne toujours en rond, quand les autres pays d’Afrique avancent. Faut-il croire un jour à l’émergence de notre pays ?
PAUL KAHUMBU NTUMBA : Soixante-six ans après l’indépendance, le constat est amer et nous ne le fuyons pas : un pays d’une richesse potentielle exceptionnelle qui peine encore à offrir à son peuple la sécurité, la justice et la prospérité que d’autres nations africaines, parties de conditions comparables, ont su construire.
Mais je crois à l’émergence, non par optimisme naïf, mais parce que je constate, précisément à travers des initiatives comme celle du Conseil Mondial de la diaspora patriotique Congolaise, qu’une génération refuse désormais de tourner en rond avec le pays.
L’émergence ne tombera pas du ciel ni d’un dialogue de façade ; elle se construira par l’organisation méthodique de toutes les forces vives, à l’intérieur comme dans la diaspora, autour d’exigences claires : justice pour les crimes du passé, institutions qui protègent au lieu de menacer, et une diaspora enfin structurée et écoutée.
Le Conseil Mondial de la diaspora veut transformer cet espoir en programme d’action, en mobilisant les compétences, les investissements, l’innovation, les femmes et les jeunes de la diaspora au service de la démocratie, de la paix et du développement. C’est ce chantier que nous avons ouvert à Genève, et que nous poursuivrons.
Message central : Genève n’a pas seulement accueilli une rencontre : elle a transformé une intention politique en processus institutionnel organisé. La Conférence constitutive devra désormais consolider la représentation, adopter les textes fondateurs et installer les organes définitifs du Conseil mondial de la diaspora patriotique Congolaise.
Je tiens tout d’abord à remercier Réveil FM International de m’offrir cette opportunité de m’exprimer, au nom de la DDCE, sur ce prestigieux média patriotique. Ce média nous a accompagnés dans notre combat libérateur contre les dictatures successives, depuis le régime dictatorial du Zaïre jusqu’à la tyrannie actuelle érigée en système de gouvernement.
Propos recueillis par
Freddy Mulongo Mukena
Freddy Mulongo Mukena
Freddy Mulongo-Article 19 Liberté d’expression !
Mulongo Mukena Mulunda Mulongo
Réveil FM International





