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LEZA KISHIKO KILONGA, DE MALEMBA-NKULU À LA PRESTIGIEUSE ET SÉLECTIVE ÉCOLE TECHNIQUE EN FRANCE !

Témoignage poignant du mensuel Le Figaro Étudiant – À 24 ans, Leza Kishiko Kilonga étudie en 2e année à la prestigieuse École Polytechnique. Une brillante réussite pour ce jeune homme originaire d’un village reculé de la République démocratique du Congo. Témoignage.

“C’est grâce à tout ce que j’ai vécu dans l’enfance que j’en suis arrivé là.” Leza Kishiko Kilonga a grandi à Malemba N’kulu, un petit village en République démocratique du Congo, dans une fratrie de six enfants. De son enfance, Leza se souvient surtout de la longue marche pour se rendre à l’école primaire Mulunda-nami. “Il y avait une heure de trajet. On y allait parfois en sandales, parfois pieds nus, avec nos cahiers Unicef dans des sachets de supermarchés”, raconte l’étudiant de l’X.

Leza a grandi dans une famille “modeste”. Son père est fermier, sa mère, elle, est vendeuse au marché. “Ma mère n’a pas eu son bac. Et mon père l’a eu à 50 ans, quand il a repris ses études. Pour mon père, l’éducation était essentielle.” Au départ, Leza est un élève plutôt moyen. Mais il connaît un déclic en 4e année de primaire, lorsque son père apprend qu’il se situe 23e de sa classe et lui lance : “Tu peux mieux faire”. “J’ai changé d’état d’esprit, je me suis davantage concentré en classe.” À 12 ans, Leza termine finalement deuxième de sa promotion, avec 17 de moyenne au certificat de fin d’études primaires.

choix s’impose alors à lui : arrêter les études et rester au village ou partir étudier en ville. Il opte pour la seconde voie et part à Lubumbashi, à 800 kilomètres. Leza y découvre un tout autre monde. Il vit avec son frère Gédéon, dans un appartement deux pièces acheté par leur père. Le garçon est scolarisé à l’école secondaire C.S Bon Berger. “On m’appelait le villageois. Tous les élèves venaient des mêmes écoles de la ville.” Là-bas, les cours étaient en français, une langue qu’il ne parlait pas. “Je notais sans comprendre.” Son premier devoir d’histoire se solde par un 2/10. Son frère le prend alors sous son aile et le fait travailler chaque soir. Leza apprend ses cours par cœur. “Je savais même où se trouvaient les virgules.” Petit à petit, il maîtrise le français. À la fin de l’année, il est premier, avec 18 de moyenne. “On ne me regardait plus du tout pareil.”

Leza poursuit sa scolarité à l’Institut d’Application Pédagogique de Lubumbashi, “un établissement plus exigeant” qu’il intègre en 2e année du secondaire. Il y reste jusqu’au diplôme d’État, qu’il décroche en 2020 avec 16 de moyenne. « J’étais lauréat de l’école.” Attiré par les sciences, Leza se spécialise pendant le secondaire en biochimie.

Leza Kishiko Kilonga avec ses frères et sœurs allant à l’école © Leza Kishiko Kilonga
Côté orientation, son frère, parti étudier en France l’année précédente, lui donne l’idée de tenter l’aventure. Après une année d’attente liée au Covid et quelques mois à l’École Nationale Supérieure Polytechnique du Congo, Leza rejoint en 2021 l’université d’Aix-Marseille en licence de sciences appliquées. Il vit avec son frère dans 18 m², avec à peine de quoi payer le loyer. “On avait une dizaine d’euros par semaine pour manger. C’était un repas de riz-saucisse par jour.”

Il se consacre pleinement à ses études la première année, qu’il valide avec 16,5 de moyenne, et travaille en tant que serveur dans un restaurant en deuxième année. « Avoir un Smic, pour moi, c’était incroyable.” Mais ses notes chutent à 14. Leza arrête donc de travailler et remonte à 17 de moyenne.

Persuadé de vouloir continuer en école d’ingénieurs, il découvre presque par hasard l’École Polytechnique. « Je ne savais pas vraiment ce que c’était. Ça avait l’air pluridisciplinaire, alors je me suis dit pourquoi pas.” Début 2024, il envoie son dossier via la voie dédiée aux étudiants universitaires. En avril, il est admissible. “Là, j’ai compris que c’était sérieux.”

Il a un mois pour préparer les oraux. Mais un problème se pose à lui : il n’a plus fait de mathématiques avancées depuis le lycée. Leza révise seul, s’aide de vidéos en ligne et reçoit les cours d’un autre admissible. “C’est devenu mon premier ami de l’X.” Puis un second problème arrive : il ne sait pas nager, alors que l’épreuve est obligatoire. “Mon frère m’apprend les bases en quelques semaines.”

En juin, le verdict tombe : il est admis en cycle ingénieur à Polytechnique. “Pour l’une des premières fois de ma vie, j’ai sursauté. C’était incroyable.” Reste la question des frais de scolarité, élevés pour les étudiants étrangers. “J’ai exposé ma situation à l’école qui m’a exonéré des frais.” Leza contracte tout de même un prêt de 40 000 euros pour vivre. Aujourd’hui en deuxième année, il a notamment effectué une formation humaine et militaire de six mois au Service départemental d’incendie et de secours de l’Allier, une expérience qui a “renforcé son sens du devoir”.

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Il rêve aujourd’hui de contribuer au développement des minerais et aux énergies renouvelables en RDC. “Je me vois comme un voyageur qui s’enrichit pour mieux redonner.” Et à ceux qui doutent pendant leurs études, il adresse un message simple : “Peu importe d’où vous venez : osez rêver. Vous n’avez rien à perdre. Si j’y suis arrivé, alors tout le monde le peut”.

LE FIGARO ÉTUDIANT.

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