Tour Ă tour secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’ElysĂ©e sous Pompidou, puissant ministre de l’Economie et des Finances, Premier ministre de Mitterrand, puis candidat malheureux Ă la prĂ©sidentielle de 1995 face Ă Jacques Chirac, Edouard Balladur est dĂ©cĂ©dĂ© le 31 aoĂ»t 2026. Figure de la droite, il cultivait un goĂ»t immodĂ©rĂ© pour les ors de la RĂ©publique, et se laissait parfois aller Ă quelques trahisons, Ă en croire son « ami de trente ans ».
Il n’a jamais pu accéder à l’Elysée, mais il est l’homme qui aura accompagné dans la mort ou la maladie deux présidents, comme secrétaire général de l’Elysée sous Pompidou, puis comme Premier ministre de cohabitation avec François Mitterrand. Edouard Balladur restera surtout comme celui qui aura déjoué tous les pronostics en perdant in extremis une élection qui lui avait été prévendue comme acquise.
L’homme pouvait ĂŞtre rancunier. Il le fut longtemps envers Chirac, son « AMI DE TRENTE ANS » au point d’avoir fait savoir de longue date qu’il n’assisterait pas Ă son enterrement. Balladur fut finalement prĂ©sent aux funĂ©railles de l’ancien prĂ©sident.
« AMI DE TRENTE ANS » : cette trouvaille de Chirac, en 1993, pour expliquer qu’il n’avait aucun problème entre les deux hommes, dont la rivalitĂ© Ă©clatait pourtant au grand jour, n’avait pas plu Ă Balladur. « VOUS PENSEZ BIEN QU’IL N’AURAIT JAMAIS OSÉ DIRE ÇA EN MA PRÉSENCE », cinglait-il au soir de sa vie.
HAUTAIN POUR LUI !
Rancunier, Balladur le fut aussi un temps envers Sarkozy, l’homme qui a reconnu lui devoir sa carrière politique. Ă€ la fin des annĂ©es 2010, il s’Ă©tait aperçu que l’ancien prĂ©sident n’avait pas Ă se dĂ©fausser sur lui dans la fameuse affaire Karachi, ces rĂ©trocommissions sur des sous-marins vendus au Pakistan soupçonnĂ©es d’avoir servi Ă financer sa campagne de 1995. Les deux hommes finiront par se rĂ©concilier.
ThĂ©oricien de la cohabitation, de 1986-1988, puis celle de 1993-1995, Balladur en fut aussi l’un des principaux acteurs. La première fois comme unique ministre d’État (il se tenait Ă ce titre comme la prunelle de ses yeux), chargĂ© de l’Économie et des Finances, il se signala par sa volontĂ© farouche de s’accrocher aux ors du Louvre plutĂ´t de quitter la rue de Rivoli pour les bâtiments modernes de Bercy, jugĂ©s indignes de sa personne.
Et la seconde fois, comme Premier ministre. Il y gagna des sobriquets. « SA SUFFISANCE » devint dans les colonnes du « CANARD » « COURTOISIE SUFFISANCE », au vu des efforts que fournissait le futur candidat Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle pour paraĂ®tre moins hautain.
Il fut Ă©galement qualifiĂ© en 1994, d’ « ETRANGLEUR OTTOMAN » (allusion Ă sa naissance en Turquie) par Francis Mitterrand, qu’il avait pris en grippe pour avoir convoitĂ© trop ouvertement sa place.
Une place que Balladur n’aura pas rĂ©ussi Ă conquĂ©rir, finalement doublĂ© par son ami de trente ans et aveuglĂ© par des sondages flatteurs.
De quoi à faire réfléchir, tous ceux qui se voient déjà , en 2027, califes à la place du calife.
Le Canard Enchaîné 🦆🦆🦆






