Une pastille foutraque aux relents racistes mise en ligne par l’ambassade de France Ă Brazzaville a discrètement Ă©tĂ© retirĂ©e Ă la demande du ministère des affaires Ă©trangères.
Une vidĂ©o ambiance « Tintin au Congo », mise en ligne par l’ambassade de France Ă Brazzaville, a discrètement Ă©tĂ© retirĂ©e d’Instagram sur demande du ministère des Affaires Ă©trangères. Un dĂ©rapage liĂ©, selon des diplomates, Ă la pression de Jean-NoĂ«l Barrot pour communiquer Ă tout va avec un « humour dĂ©calĂ© ».
La vidĂ©o ne sera restĂ©e en ligne que quelques heures avant d’être retirĂ©e en catastrophe, le 26 juin, du compte Instagram de l’ambassade de France Ă Brazzaville. IntitulĂ©e « Le Visa de la vĂ©ritĂ© », elle rĂ©ussit la prouesse, en seulement 1 minute et 48 secondes, de Ârassembler le maximum de clichĂ©s occidentaux sur les Congolais. Disponible sur « lecanardenchaine.fr », la pastille met en scène un homme affublĂ© d’un maillot de l’équipe de foot locale qui, devant l’ambassade, hurle : « Donnez-moi mon visa ! » Le consul français, en costume-cravate, lui prodigue quelques conseils pour obtenir le prĂ©cieux sĂ©same : « La France aime les gens authentiques (sic). Pas besoin de s’inventer une vie, il faut ĂŞtre sincère dans son projet, dans ses Ă©tudes, dans ses ressources (…). Par exemple, si, la veille de votre rendez-vous, vous crĂ©ez votre relevĂ© de notes dans un cybercafĂ© ou que vous faites apparaĂ®tre d’un seul coup 15 millions sur votre compte bancaire, ça devient compliquĂ©. »
TINTOUIN AU CONGO !
Intervient alors une Congolaise portant une perruque rouge, un maillot et une Ă©charpe aux couleurs de l’Ă©quipe de France :  » Moi j’ai Ă©tudiĂ© en France et je n’ai pas trichĂ©. » Face camĂ©ra, le trio expliquent finalement  » un bon projet commence par un dossier honnĂŞte ». Compris les petits filous ?
La vidĂ©o a Ă©tĂ© supprimĂ© sur ordre du secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral et de la direction de communication et de la presse du ministère des affaires Ă©trangères. Le ton paternaliste a notoirement irritĂ© Paris. « C’est cheap et humiliant pour tout le monde regrette un diplomate du Quai d’Orsay. Mais Jean-NoĂ«l Barrot insiste pour que l’humour dĂ©calĂ© et esprit de dĂ©rision soient les maĂ®tres mots de la politique de communication des agents de l’Ă©tranger. Il y aura d’autres crachs, car on juge dĂ©sormais nos ambassades Ă leurs audiences sur les rĂ©seaux sociaux. » Attachez vos ceintures…
Le 14 juillet, Stephen Marchisio, ambassadeur Ă Singapour, se fend ainsi d’un discours de haute volĂ©e en dĂ©valant une tyrolienne de 450 mètres : « Allez, on accĂ©lère dans la relation entre la France et Singapour, dans l’innovation, l’IA, le quantique, dans l’Ă©nergie, la recherche, l’Ă©conomie, la sĂ©curitĂ© et la dĂ©fense, bien sĂ»r… »
Le mĂŞme jour, toujours sur Instagram, l’ambassadeur au Bangladesh rencontre son homologue espagnol Ă l’occasion de la demi-finale de la Coupe du monde de football opposant les deux pays europĂ©ens. Jean-Marc SĂ©rĂ©-Charlet tombe – littĂ©ralement – du ciel grâce Ă un montage acrobatique. Dans un anglais digne d’une vache espagnole , il dĂ©bite :  » Je viens du ciel. Je suis comme MbappĂ©. Je viens d’une autre planète !  » La dĂ©faite des Bleus, quelques heures plus tard, Ă©tait, il est vrai, assez lunaire.
BORIS LE SLIPLOMATE !
D’autres publications ont suscitĂ© moins de sympathie et ont discrètement disparu du Net. Certains Ă©missaires se souviennent par exemple d’une ambassadrice twerkant (une danse plutĂ´t suggestive) sur scène oĂą d’une autre participant Ă un dĂ©filĂ© de mode.
« L’administration centrale est parfois obligĂ©e de rappeler qu’il faut Ă©viter de mettre des photos en petite tenue Ă la plage, pouffe un fonctionnaire parisien. Il faut privilĂ©gier une approche plus proche du peuple et montrer que l’on travaille dur. » NommĂ© ambassadeur en Tunisie en 2011, le Sarko Boy Boris Boillon avait fait rougir le Quai d’Orsay en postant sur le site Copains d’avant une photo de profil le montrant en slip de bain.
L’ambassade de Maurice a, pour sa part, pris une douche froide en dĂ©but d’annĂ©e après avoir annoncĂ© « une nouvelle arrivante » dans son Ă©quipe. SurnommĂ©e « MIA », cette chargĂ©e de communication, entièrement gĂ©nĂ©rĂ©e Ă l’aide de l’intelligence artificielle, est reprĂ©sentĂ©e sous les traits d’une jeune femme…dont la couleur de peau change au grĂ© des plans.
Face au tollĂ©, l’Ă©missaire FrĂ©dĂ©ric Bontems a tentĂ© de justifier son choix, Ă©conomiquement contraint, sur LinkedIn :  » La communication est aujourd’hui une dimension essentielle de la diplomatie (…) J’aurais aimĂ© pouvoir embaucher une Mauricienne ou un Mauricien (…) Cela ne m’est justement pas possible. »
Vivement les diplomates virtuels.
Le Canard Enchaîné 🦆🦆🦆






